lundi 17 juillet 2017

vendredi 26 mai 2017

Les ruines du Château de Fère

© La Petite Alcôve


Les vestiges du château fort de Fère-en-Tardenois, dans le département de l'Aisne, se dressent sur une impressionnante motte semi-artificielle, une fortification très répandue au Moyen-Âge, dont quelques éléments sont encore en place. Le château médiéval est érigé au début du XIIIème siècle sous le règne du roi Philippe II, dit Philippe-Auguste (roi de France de 1180 à 1223). Les terres de Fère sont originellement acquises au cours du XIIème siècle par Robert de Dreux, frère du roi de France Louis VII. En 1152, à l'occasion de ses noces avec Agnès de Baudement il reçoit le comté de Braine et les seigneuries de Fère-en-Tardenois, d'Arcy, de Nesles, de Longueville, de Quincy-sous-le-Mont, de Savigny-sur-Ardres de Baudement, de Torcy, de Chailly de Longjumeau et fonde la seigneurie de Brie-Comte-Robert. Son fils, Robert II de Dreux, entreprend la construction du castel après avoir obtenu l'autorisation de faire construire une forteresse sur son alleu de Fère. L'ampleur des travaux est telle que cela prend cinquante quatre ans à l'édifier, on estime la fin de l'entreprise vers 1260. 

© La Petite Alcôve
Le château fort devient la propriété de Louis Ier d'Orléans (1372-1407), second fils survivant du roi de France Charles V et de Jeanne de Bourbon, en 1395. Il acquiert de nombreux titres au cours de ses trente cinq ans de vie dont comte de Beaumont et duc de Valois, puis duc de Touraine (1386), comte de Château-Thierry, de Vertus, de Luxembourg, de Porcien, de Courtenay, d'Angoulême, du Périgord, de Blois, de Dunois, de Chartres, de Soissons, et de Dreux, baron de Coucy et de Châtillon-sur-Marne, seigneur de Luzarches, de Sablé de Grandelin, de Châlons-en-Champagne, de Châteaudun, de Sedenne, de Crécy, d'Épernay, de Montargis, de Fère-en-Tardenois et d'Oisy. À cela s'ajoute le duché d'Orléans qu'il reçoit en apanage en 1392. On compte parmi les possessions de Louis d'Orléans la construction de deux châteaux prestigieux : celui de Pierrefonds et celui de la Ferté-Milon. Or la mort de Louis interrompt l'acheminement des travaux de cette dernière forteresse qui se voient interrompus à la mort de celui-ci, seule l'entrée de la façade est achevée. 


© La Petite Alcôve
De 1407 à 1424, le château est successivement la propriété de Charles d'Orléans, de Jean son frère et de Charles d'Angoulême qui épouse Louise de Savoie, mère de François Ier. Au XVème siècle, sont édifiés l'enceinte extérieure du château et certains bâtiments de la basse-cour. C'est en 1528 que le roi François Ier et Louis de Savoie offrent le château à Anne de Montmorency à l'occasion de son mariage avec Madeleine de Savoie, nièce de Louise. Dès lors, de 1530 à 1550, est engagée une série de travaux considérables commandités par le connétable Anne de Montmorency, un puissant du royaume qui s'est vu élevé au Château d'Amboise aux côtés du futur roi François Ier. L'intérieur du château est évidé alors que les sept tours médiévales reliées par des courtines constituant l'enceinte extérieure demeurent intactes. Un nouveau château est alors construit dans la cour dont l'architecture présumé est Jean Bullant. De 1552 à 1562, Bullant construit un pont-galerie dont la façade sur la basse-cour et son portail d'entrés sont attribués à Jean Goujon (vers 1510-1566). Ce viaduc s'inscrit dans la lignée de celui du fameux Château de Chenonceau, qui est lui-même érigé par le même architecte, et peut être encore admiré aujourd'hui. On suppose que le pont-galerie est un remplacement d'un pont médiéval en bois. Il a pour fin de supporter une longue galerie Renaissance montée sur des arcades en plein-cintre vertigineuses ancrées dans le fossé qui entoure la motte.


© La Petite Alcôve
Henri II de Montmorency hérite du château en 1609, mais ses biens sont remis au Prince de Condé lorsqu'il est condamné à mort pour crime de lèse-majesté en 1632 après avoir comploté contre le roi de France Louis XIII avec le frère de ce dernier, Gaston d'Orléans, visant à renverser la tyrannie du Cardinal de Richelieu. Le château est par la suite abandonné aux mains de fermiers généraux entre 1653 et 1752. C'est seulement au XVIIIème siècle que le château, devenu résidence de plaisance pendant la Renaissance, retrouve un semblant de vie quand il est remis à Louis-Philippe d'Orléans à la suite de son mariage avec Louise Henriette de Bourbon-Conti. Des travaux sont réalisés dans le château avant que ne soit finalement décidée sa démolition en 1769. Philippe Égalité, fils de Louis-Philippe d'Orléans, démantèle en partie le château en 1779 et en vend ses meubles avant de livrer le reste à ses créanciers qui se chargent de le placer aux enchères de Paris en 1793. 


© La Petite Alcôve
La motte ainsi que les ruines du château sont classées sur la liste des monuments historiques en 1862 alors que la basse-cour est inscrite monument historique en 1994. Le Château de Fère-en-Tardenois n'est aujourd'hui que ruines en vue de la totale disparition de son aménagement intérieur et de l'anéantissement de son enceinte. Autrefois construit sur un plan polygone régulier, flanqué de sept tours circulaires, il est encore possible de contempler la structure architecturale de certains vestiges. Les quelques tours survivantes témoignent de leur construction en nous dévoilant leur base en pierre de calcaire équarrie surmontée d'assises de pierre placées en épis pour ensuite s'élever en pierre de moyen appareil. Le site est ouvert au public 24h/24h et offre un cadre idéal pour une ballade estivale ! 





© La Petite Alcôve
© La Petite Alcôve
© La Petite Alcôve


vendredi 20 mai 2016

Le Château fort de Coucy jeté aux oubliettes

Vue extérieure du Château de Coucy, gravure par Viollet-le-Duc
Je vous retrouve aujourd'hui pour vous parler d'un autre château qui faisait autrefois la gloire de la France féodale. Il est en état de ruines aujourd'hui, mais tout fervent médiéviste sera ravi d'apprendre que la France avait à son palmarès un bijou de l'architecture défensive. Il faisait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques sur la liste de 1862, et est géré aujourd'hui par le Centre des Monuments Nationaux.

La Cité de Coucy est fortifiée au Xème siècle, époque à laquelle les textes du Moyen-Âge mentionnent un castrum carolingien. Un castrum est une agglomération fortifiée d’ampleur restreinte, dite aussi “bourg castral”. Il est construit par l’archevêque de Reims, Hervé. On suppose qu’il se trouvait à l’emplacement du Château construit par Enguerrand III entre 1220 et 1245. Il est possible de voir encore aujourd'hui les ruines de l'église castrale du Xème siècle. Cependant, c'est sous Enguerrand III, dit le “Bâtisseur”, qu'on fait clore la cité par une enceinte fortifiée qui s'étend sur 2km. La Cité est érigée sur un éperon rocheux accessible par trois portes : la Porte de Laon (la plus susceptible d’être assaillie par l’ennemi et donc la plus défendue), la Porte de Chauny et la Porte de Soissons. 

Enguerrand III (1180-1243) est l’auteur mégalomane du programme de construction castrale le plus gigantesque de l'Occident féodal. Ce sire bien ambitieux est élevé dans un milieu privilégié, ses parents étant les cousins germains du roi Philippe-Auguste. Il prend également part à de nombreuses croisades le hissant au statut de chef militaire indéfectible. Doté d'une sensibilité architecturale cultivée au fil des années grâce aux réalisations défensives du roi incluant châteaux et tours maîtresses (cf: La Tour du Château médiéval du Louvre), Enguerrand III nourrit lui-même de grands rêves architecturaux. Celui-ci s’enrichit grâce à des alliances avantageuses, il est un des premiers barons du royaume et deux fois veufs de rang comtal. Après la mort du roi Philippe-Auguste (1165-1223), il pense tirer avantage de la minorité du jeune roi Louis IX pour assouvir ses ambitions de pouvoir suprême. D’après une chronique du XIVème siècle, il se serait même fait une couronne royale. Mais la fermeté de la reine mère, Blanche de Castille, met fin à ses desseins. Cet épisode est très représentatif de la devise orgueilleuse des Sires de Coucy : “Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussi, je suis le sire de Coucy”, sous-entendant qu'il est tout aussi puissant que le roi sans même porter le titre. 



 C’est à partir de 1220 que le chantier monumental de la fortification de la cité débute, encouragé par la floraison de nombreuses constructions d’envergure. Les enceintes des villes royales de Compiègne, Laon, Soissons et la Ferté-Milon, proches de Coucy, sont remaniées. Le modèle de fortification dite “philipienne” se répand et est caractérisée par l’adoption de plans d’enceintes géométriques alternant à intervalle régulier des courtines (muraille reliant deux tours) rectilignes, tours de flanquements abritant deux ou trois étages de défense voûtés et percés d’archères (meurtrière pour arc et arbalète évasée vers l’intérieur). L’alternation des archères remplace la juxtaposition de celles-ci permettant ainsi de varier l’orientation et supprime les points faibles du mur, consolidant ainsi la structure. C’est à l’ombre de la tour maîtresse que se tenait la Salle des Preux, une immense salle d’apparat de 65 mètres de long, qui arborait trois statues de figures païennes, trois figures bibliques et trois figures chrétiennes catholiques. 


Le château de Coucy datant du XIIIème siècle est flanqué par quatre tours faisant chacune environ 35 mètres de hauteur et une tour maîtresse de 54 mètres de hauteur. Des proportions hors-normes pour l’époque, mais qui seront atteintes plus tard, sous Charles V (1338-1380), avec l’édification du Château de Vincennes. Cette tour maîtresse, quasiment aveugle à l’exception de son couronnement défensif, n'exerce pas véritablement la fonction de donjon. En effet, bien qu'elle soit la plus haute tour de la forteresse et qu'elle soit destinée à servir, à la fois de point, d’observation et de poste de tir, c'est dans la Tour du Roi qu'on trouve dernier refuge si la fortification vient à être prise par l'ennemi et sert aussi de résidence au seigneur du château. Cette tour maîtresse de 54 mètres de hauteur est défendue, déjà protégée par les remparts, est également défendue par un fossé qui l’isole en plus d’être enveloppée par une chemise (mur entourant la tour). 

Ce ne sont pas les seules mesures de protection. La porte dite Maître Odon, qui se trouve à l'avant du pont-levis, à l'entrée du château fort, dispose d'un système défensif incroyablement pointue en étant, de surcroît, dotée d'un assommoir d'où pierres et eau, poix, soufre, plomb, chaux bouillants sont jetés sur l'assaillant. C’est au XV et première moitié du XVIème siècles que l’émergence de nouvelles technologies militaires, telles que le canon, pousse les seigneurs de Coucy à remanier leur défense par l’ajout de bastions. On va également installer des niches plus larges donnant à la fois vue sur l’intérieur et l’extérieur des ramparts afin de pouvoir faire pivoter les canons. On ajoute des parois très épaisses derrière les remparts pré-existants afin de rendre la destruction des remparts impossible. Il devient clair que le Château mérite sa réputation de fort imprenable, et marque une véritable politique d’ostentation, caractérisée par les diamètres imposants des tours et des murs (la base des murs du donjon fait sept mètres d'épaisseur). L'admiration qu'elle suscite parvient à émerveiller le secrétaire du duc d'Orléans (alors propriétaire de Coucy, c. 1440), Antoine Asti, qui affirme qu'il "n'en est pas de plus invincible dans le royaume de France".

Au XIVème siècle, Enguerrand VII (1340-1397) accepte la charge de gouverneur de Picardie, offerte par Charles VI (1368-1422). Il accroît ses revenus domaniaux avec l’aide du roi et en investit sans doute une partie dans la refonte du château. La modernisation du château est due en grande partie à Enguerrand VII qui l’entreprit entre 1380 et 1387. La refonte des deux corps résidentiels, la création du décor de la Salle des Preux, qui orne dorénavant une voûte lambrissée, et de la Salle des Preuses le hissent au niveau des princes mécènes qu’étaient le roi lettré Charles V et ses frères ducs d’Anjou et de Berry. Il transforme donc les quartiers résidentiels en résidence gothique en ajoutant des édifices comme un bâtiment de cuisines couvert de voûtes d’ogives et de voûtes en berceaux. Certaines courtines sont percées par des fenêtres offrant une vue sur le paysage. D’après les comptes de 1386, la Petite Salle ou Salle des Preuses, située entre la Tour de l’Oubliette et la Tour du Roi, est chauffée au poêle ; une résolution en avance sur son temps ! 

Enguerrand VII ne laissant aucun héritier mâle pour perpétuer ce lignage de Coucy, sa fille vend la baronnie de Coucy à Louis d’Orléans en 1400, avant son assassinat en 1407. Ainsi le prince mécène ajoute à sa richesse terriennes un château grandiose rénové depuis dix ans à son apanage de deux grands châteaux ducaux : Pierrefonds et la Ferté-Milon. Mais le conflit opposant les Bourguignons et les Armagniacs, en pleine guerre de Cent Ans, ravage le royaume. En 1411, le château est assiégé pendant trois mois par 600 hommes d’armes sous la conduite du comte de Saint-Pol (mentionné également dans mon article sur le Château de Pierrefonds), aux ordres du Duc Jean Ier de Bourgogne. Robert d'Esnes, gouverneur du Château fort de Coucy et homme de Louis d'Orléans, se rend faute de vivre. C'est ainsi que le château est rattaché à la Couronne en 1498. 


La première tentative de destruction du château de Coucy survient pendant la Fronde (1648-53). Les nobles seigneurs, attachés à leur statut et décidément pas résolus à abandonner la féodalité qui s'avère très avantageuse pour eux, se coalisent contre la monarchie. En 1652, le château, occupé, refuse de se soumettre à Louis XIV (ou plus précisément à la Régence). Son démantèlement est donc ordonné sous la directive du Cardinal Mazarin. On éventre la chemise englobant la tour maîtresse, on découronne les tours, et on essaie de faire sauter la tour maîtresse. En somme, tous les moyens sont bons pour détruire ce symbol de défense militaire pour le rendre inutilisable. Toutefois, ils échouent à faire exploser le "donjon", et ne parviennent "qu'à" souffler les pièces qu'il abrite. Après ce terrible épisode, le château est peu à peu laissé à l'abandon. Il devient même clairière pour les habitants quand la Révolution sévit le pays.

C'est à partir du XIXème siècle que ce beau patrimoine bâti revient en mémoire, notamment grâce au courant romantique qui voue une véritable fascination pour les ruines. L'émergence du tourisme aux alentours de 1850 y joue un rôle aussi. En effet, sa notoriété le place au rang de troisième site le plus visité en France, après le Mont Saint-Michel et Versailles. L'inauguration du premier train reliant Chauny et Anizy en 1882 participe à ce succès. Le favori de Napoléon III, l'architecte Viollet-le-Duc, décide alors de s'y pencher, et consolide les ruines, dont la tour maîtresse est fortement endommagée après la Fronde mais aussi à cause d'un tremblement de terre qui la fendit en 1692. Seulement, la rénovation du Château de Pierrefonds est un chantier qui est plus accommodant pour assouvir les fantasmes médiévaux de l'architecte. Une fois encore, le château est délaissé. On assiste à sa destruction finale en 1917 quand l'armée allemande, en position de repli, adopte une véritable politique de la terre brûlée en faisant dynamiter le château pour de bon. Ils déposent ainsi 28 tonnes d'explosifs pour faire disparaître la tour maîtresse, et 10 tonnes dans les autres tours de flanquements. Aujourd'hui, seules les ruines attestent de la présence de cette forteresse qui fut, autrefois, une des plus redoutées et admirées de l'Occident.



Château de Coucy vue Nord-Ouest avant 1917
Cet acte de vandalisme, non-stratégique, des allemands d'exterminer le Château a manifestement réussi à faire oublier la splendeur du site d'antan l'effaçant ainsi des livres d'Histoire. Coucy est devenu la victime expiatoire de la rivalité franco-germanique. La gloire de cette forteresse médiévale persiste au titre mémorial. De nos jours, des bénévoles travaillent à la restauration des portes de la cité fortifiée utilisant l'archéologie expérimentale, et redonnent vie aux ruines fantomatiques chaque année avec le spectacle médiéval Coucy La Merveille.

samedi 7 mai 2016

Le Domaine de Chantilly

Domaine de Chantilly © La Petite Alcôve

 

Le domaine de Chantilly était en premier lieu la propriété et résidence de Louis, Grand Condé (1621-1686), notamment renommé pour ses prouesses militaires. Il fut l'un des piliers de la Fronde en combattant tout d'abord aux côtés de la Régence, assurée par Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, secondée par le Cardinal Mazarin, avant de changer de camp. Bien qu'il prit parti pour la Cour au début de la Fronde, il sympathisa par la suite avec les rebelles à cause de la rivalité qui le liait à Mazarin qu'il considérait comme un usurpateur étranger. 


Le domaine connut un revirement de situation lorsque le dernier prince de Condé ne donna aucun héritier direct pour assurer la continuité du domaine. C'est alors que le Duc d'Aumale hérita du château au XIXème siècle.

 

Henri d'Orléans, Duc d'Aumale, reçut le patrimoine de cette lignée de princes de sang âgé de huit ans seulement grâce à la dernière volonté de son parrain Louis-Henri-Joseph de Bourbon. Le jeune duc d'Aumale était loin d'être une figure insignifiante, il s'avérait être un des fils du dernier roi de France (où devrais-dire premier "Roi des Français"), Louis-Philippe. Ainsi, il devint rapidement un des plus riches propriétaires terriens de France. La révolution de 1848 mit fin à la Monarchie de Juillet (1830-1848), qui succéda à la Restauration, et força Henri d'Orléans à l'exil. Il trouva refuge en Angleterre, plus particulièrement à Londres, où il occupa son temps à améliorer la richesse du domaine de Chantilly. Cela se fit par la constitution d'une collection d'objets d'art et de livres qui, aujourd'hui encore, en émerveilla plus d'un. Il s'attarda également à la reconstruction du Grand Château qui avait été détruit en 1799 et confia les travaux à l'architecture Honoré Daumet qui avait pour mission de s'inspirer de la Renaissance. 

 

Le Duc s'en alla, lui aussi, sans descendant. Mais toujours fidèle à sa pensée humaniste protecteur des arts, il légua le domaine à l'Institut de France, qui héberge les quatre grandes Académies françaises. Il demanda expressément que le domaine soit ouvert au public sous le nom de Musée Condé, en honneur aux grands personnages qui avaient habité les lieux. À cela, il exigea que son agencement demeure intact après sa mort. C'est ainsi que le Château et son incroyable collection d'art ont encore gardé leur agencement datant du XIXème siècle.

 

Les décors intérieurs sont conformes aux tendances qui était en vogue au XVIIème siècle avec des dorures et des alliances de matériaux dignes du style (néo)baroque. Le mobilier originel fut malheureusement saccagé pendant les pillages de la Révolution Française dans les années 1790. Néanmoins, quelques meubles, dont une commode ayant appartenu au roi Louis XVI, sont parsemés par-ci et là dans les salles du château.

 

Le domaine a vu défilé de nombreuses figures dont Molière, Racine, Boileau, La Fontaine, et le roi Louis XIV. Louis de Bourbon, connu sous le nom du Grand Condé, reçut Louis XIV, accompagné de 3 000 membres de la Cour, en avril 1671 afin de regagner les faveurs du roi après avoir changé de fusil d'épaule pendant la Fronde. Les festivités durèrent trois jours. Le fameux intendant François Vatel, connu à tort pour être celui qui introduisit la crème Chantilly en France lors de la fête des Plaisirs de l'île enchantée (1661) de Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte, endossa le rôle d'organisateur de soirée en supervisant ces banquets grandioses. 

 

Trêve d'épanchement d'anecdotes historiques, parlons de mes impressions de la visite. Pour faire simple, j'ai été, à ma plus grande surprise, subjuguée par la richesse dont le château recelait. J'ai longuement hésité avant de le visiter pour plusieurs raisons. La première étant le prix de l'entrée qui s'élève à un certain montant (17€ plein tarif, 10€ tarif réduit pour le domaine seulement). Ensuite, j'ai entendu quelques avis négatifs sur le domaine, dont le fait qu'il n'y avait pas énormément de choses à voir (ce qui est faux, bien sûr). Le domaine offre beaucoup de richesses tant architecturales que picturales avec notamment des chefs-d'œuvre tels que les tableaux de grands maîtres de la Renaissance (Raphael, Lippi, Quarton, les Clouet, etc.), en passant par les peintres classiques tels que Poussin ou bien romantiques comme Delacroix. Sans oublier les artistes de la peinture galante comme Watteau, et les portraits aristocratiques de Rigaud, de Largillière, Drouais, Vigée Lebrun et Reynolds. Je suis ravie de mettre fait ma propre idée, et je ne le regrette en rien. L'audio-guide, à défaut d'avoir un maître conférencier, était une mine d'informations. J'ai procédé à la visite à mon rythme, prenant le temps de m'imprégner du site sans me sentir bousculée par les visiteurs étrangers. J'ai conclu ma visite par le parc du domaine qui propose différentes ambiances grâce aux jardins anglo-chinoisanglais et le petit hameau. Bien évidemment, il est difficile d'ignorer le Grand Parterre réalisé par le Nôtre qui est un exemple type des jardins à la française avec ses pièces d'eau qui reflètent le ciel. 

 

Le Domaine de Chantilly était donc une agréable surprise qui n'a cessé de me captiver tout au long de ma journée. Si vous projetez de le visiter, ou bien si vous en avez déjà eu l'occasion, n'hésitez pas à partager votre avis et questions ! 

 

 

samedi 26 mars 2016

Les dessous de l'Histoire


On considère trop souvent, et à tort, que l'Histoire est synonyme de régression. Alors que d'autres la qualifient d'obscure, elle est pour moi une source inépuisable de surprises et offre des leçons à tirer sur des questions qui déchirent aujourd'hui encore notre monde. C'est pourquoi cet article ne dressera pas le portrait de batailles et de personnages emblématiques de notre Histoire, mais essaiera plutôt de vous faire oublier les ouvrages vétustes et empoussiérés qui vous viennent à l'esprit quand on aborde le sujet pour laisser place à un post loufoque sur sesdessous... au sens littéral de la chose. Entendez-donc par là une (pauvre)tentative de ma part de vous faire traverser des siècles de dessous féminins qui, pour certains, vous sembleront étrangement familiers.

Il est vrai que les dessous (culottes) féminins étaient très mal perçus au Moyen-Âge car ils étaient avant tout un symbol patriarcal chez les hommes. Rares étaient les femmes qui en portaient, car en faisant cela elles étaient les cibles des commérages. Il était inacceptable de défier l'autorité de son époux. On a longtemps pensé que les femmes ont adopté les culottes qu'à partir du XVIIIème siècle. Or, lorsque des paires de dessous datant du XVème siècle ont été mises au jour après une découverte archéologique au Château de Lengberg, en Autriche, des questions se sont posées...

Étaient-ce là des culottes masculines ou féminines ? Si elles s'avéraient appartenir à la gente féminine, il n'y aurait rien de surprenant là-dedans. En effet, bien que cette habitude vestimentaire n'était pas encore entrée dans les mœurs de l'époque, cela n'empêchait en rien d'avoir des femmes aux fortes personnalités de braver les conventions. Tel fut le cas avec Catherine de Médicis, épouse du roi Henri II, qui ne gêna pas de porter un pantalon pour monter à cheval. Rappelons qu'à l'époque de la Renaissance, les femmes portaient des blouses légères et des corsets... Aucun sous-vêtement. Comprenez-donc l'initiative de Catherine de Médicis qui ne souhaitait pas particulièrement s'exhiber en montant et descendant de son cheval. C'est ainsi que Leloir écrit dans son Histoire du Costume(1935) que la Reine de France a importé le "caleçon" d'Italie, engendrant un effet de mode parmi ses femmes d'atour qui ne manquèrent pas de suivre son exemple. Alors que les caleçons existaient déjà depuis le XVème siècle, notamment dans la Cour Espagnole et Italienne, cette mode ne dura qu'un temps en France et ne réapparut seulement au cours du XVIIIème siècle et début du XIXème. 



Les mouvements des Suffragettes au milieu du XIXème siècle y contribua pour beaucoup. Amelia Boomer lutta et finit par démocratiser le port de ce qu'était appelé en anglais les "bloomers". Des culottes bouffantes, originellement portées par les hommes et inspirées des pantalons turcs. Être une femme n'a jamais été facile, et encore moins quand le patriarcat était souverain. Leurs droitsétaient limités, pour ne pas dire inexistants dans certains pays, et leurs mouvements restreints de par leurs tenues. L'adoption féminine de ces culottes bouffantes a permis aux femmes de pratiquer du sport et de déambuler librement, bien que mal reçue au début. Elles deviennent par la suite inséparables des mouvements d'émancipation des femmes. 

Mais qu'en est-il des soutiens gorges ? Sous les siècles helléniques qui ont tant inspiré les auteurs de tous temps confondus, les femmes portaient des bandelettes en lin pour dissimuler leur poitrine.


Soutien-gorge retrouvé au Château de Lengberg 
datant du XVème sicle
Au Moyen-Âge, les corsets, et baleines, permettaient de soutenir la poitrine. Mais seul Henri de Mondeville mentionne 􀁈que certaines femmes􀁌 inséraient "deux bonnets dans leurs robes, à la hauteur de leur poitrine et qui [étaient] ajustés à leurs seins et elles y [mettaient] [leurs seins dans les bonnets] chaque matin et [attachaient] leur poitrine avec des bandages quand [c'était] possible" dans son ouvrage Chirurgie. Il est suggéré que ces bonnets étaient destinés à soutenir les poitrines opulentes et douloureuses dues à l'allaitement. Toutefois, le port de ces poches avait aussi pour objet de mettre en valeur la poitrine, comme ce fut le cas en Allemagne où une source écrite anonyme raconte que certaines femmes se promenaient, les seins rehaussés, pour susciter l'intérêt des jeunes hommes. On comprend alors, de par le ton réprobateur de cette dernière source, que le port de ce Ur-soutien-gorge était très mal reçu quand il s'agissait de se pavaner.



Pendant la Révolution Française, on retrouve chez les femmes le désir de se débarrasser des contraintes qu'imposaient les corsets rigides. On dit donc adieu aux baleines pour remettre au goût du jour les bandeaux et des corsets plus souples ! Mais c'est seulement à la fin du XIXème siècle que le premier soutien-gorge est inventé, et ce par Madame Eugénie Herminie Cadolle qui le baptise "corset-gorge" en 1889. Il sera plus tard présenté aux Expositions Universelles de 1889 et 1900 à Paris. Bien que celui-ci séparait les deux seins, il était encore rattaché à un corset. Cependant, des problèmes de maintien causèrent son échec commercial. C'est à partir de ce moment qu'une ribambelle de designs a commencé à faire son apparition au XXème siècle, période où l'imagination ne cessa d'explorer différentes formes, matières et armatures pour combiner à la fois sensualité et facilité.

Néanmoins, le corset ne s'effaça pas aussi facilement, comme on peut le voir au début des années 1900. Aujourd'hui, le corset souligne encore les formes charnelles de certaines jeunes femmes et demeure l'épitomé de la volupté et du désir.
􀁆􀁋􀁄􀁔􀁘􀁈􀀃􀁐􀁄􀁗􀁌􀁑􀀃􀁈􀁗􀀃􀁄􀁗􀁗􀁄􀁆􀁋􀁈􀁑􀁗􀀃􀁏􀁈􀁘􀁕􀀃􀁓􀁒􀁌􀁗􀁕􀁌􀁑􀁈􀀃􀁄􀁙􀁈􀁆􀀃􀁇􀁈􀁖􀀃􀁅􀁄􀁑􀁇􀁄􀁊􀁈􀁖􀀃􀁔􀁘􀁄􀁑􀁇􀀃􀁆􀂷􀁈􀁖􀁗􀀃􀁓􀁒􀁖􀁖􀁌􀁅􀁏􀁈

Il va de soi que toutes les femmes ne portaient pas de soutien gorge et de caleçon, mais seulement celles au statut privilégié ou peu concernées par les traditions de l'époque. C'est au milieu du XVIIIème siècle que le port du corset fut remplacé par le soutien-gorge, notamment grâce aux idées féministes et hygiénistes qui fleurirent durant le siècle. En effet, Jean-Jacques rousseau, célèbre figure du Siècle des Lumières, condamnait déjà l'usage de "ces corps de baleine" qui visaient à transformer leur taille à celle d'une "guêpe", dans Émile ou De l'Éducation (1762).

Malgré les siècles qui nous séparent de ces anecdotes vestimentaires, il est intéressant de voir que nos deux temps se rejoignent et que le combat pour l'indépendance et la libération de la femme est toujours en cours d'écriture